Quelque chose de rouge peut se mettre à miroiter dans la nuit, pour qui se vouerait au mystère de ces occupations sans finalités ailleurs qu’en elles-mêmes, dont on ne peut faire ni des marchandises ni des théories : errer, parler, aimer, écouter, regarder. Autrement dit, si l’on veut suspendre le cours désastreux de l’histoire contemporaine, si l’on veut préparer les conditions d’une vie non capitaliste, d’une vie communiste, il convient en premier lieu de rompre avec les logiques productivistes et positivistes qui ont contaminé toutes nos manières ordinaires d’agir et de penser. C’est ce que suggère une lecture attentive d’un versant peu exploré de l’œuvre de Marguerite Duras, où se manifeste sa passion fervente et durable pour le communisme. En 1944, elle adhéra au Parti communiste français, dans l’euphorie des premiers signes de la libération, suivie par ses amis Robert Antelme et Dionys Mascolo. « On est devenus fous de communisme », dira-t-elle plus tard en se remémorant cette époque. Si elle en fut exclue assez rapidement pour dissidence, elle ne cessa jamais cependant de se dire communiste. Même après la chute de l’Union soviétique, elle déclarait encore, de manière énigmatique : « Je voudrais me réinscrire au P. C. » En même temps, sa conception du communisme n’a jamais eu grand-chose à voir avec le communisme étatique russe. Elle rêvait d’un communisme qu’il faudrait « essayer de ne pas construire », un communisme dont la venue demande de brouiller le rapport entre ratage et réussite. Quelque chose de rouge dans la nuit propose de lire ce rêve d’un communisme sauvage dans la lignée du romantisme révolutionnaire, de ce mouvement qui à contre-courant de la modernité cherche à expérimenter ici et maintenant des fragments d’utopie postcapitalistes, en retraçant ses affinités avec d’autres marxistes hétérodoxes dont Duras a croisé le chemin d’une manière ou d’une autre, comme Georges Bataille ou Maurice Blanchot, Rosa Luxemburg ou Walter Benjamin.
Le Groupe de la rue Saint-Benoît — Repenser la pratique intellectuelle (Journée d’étude, 9 janvier 2026) University of London Institute in Paris (Lecture Theatre) University of London Institute in Paris en partenariat avec l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (Imec)
Le « groupe de la rue Saint-Benoît » renvoie à un groupe d’intellectuels (dont Robert Antelme, Marguerite Duras, Jean Duvignaud, Edgar Morin, Dionys Mascolo, Claude Roy…) se retrouvant régulièrement chez Marguerite Duras rue Saint-Benoît à Paris, de la fin des années quarante jusqu’aux années soixante, à la recherche d’un « communisme de pensée ». Bien qu’ils ne puissent être considérés comme un « groupe » que de manière informelle, leurs écrits et interventions divers offrent un ensemble de propositions sur la pratique intellectuelle communiste dont les implications n’ont pas encore été examinées et décortiquées. Cette journée d’étude interdisciplinaire propose d’analyser l’importance historique du groupe et son influence sur la pratique intellectuelle contemporaine.
Journée d’étude coordonnée par Eugene Brennan (Ulip) et François Bordes (Imec). Accès libre, sous réserve d’inscription préalable par e-mail : eugene.brennan@ulip.lon.ac.uk
La parution de Sur la parole analytique. Maurice Blanchot aux Éditions Nouvelles du Champ lacanien, issu du colloque organisé par Alexandre Faure à Rennes le 10 février 2024, nous offre l’occasion de nous réunir, mus par les suites de ce transfert à une écriture qui creuse ce que la parole épuise.
Nous vous invitons à une rencontre organisée au local de l’EFPCL. Avec Michel Bousseyroux, qui nous fait l’amitié de ses mots, nous espérons que nos silences animés du désir d’a-prendre donneront appui à de riches échanges.
A Green Blanchot Revisited (Un Blanchot vert revisité)
Numéro spécial du Oxford Literary Review 47.2, Décembre 2025
éd. Philippe Lynes
Depuis la publication des articles « A Green Blanchot : Impossible ?» (Paragraph 30.3, 2007) et « Blanchot and the End of Nature » (Parallax 16.2, 2010), une nouvelle vague d’intérêt quant à l’apport de l’œuvre de Blanchot pour l’écocriticisme et à la philosophie environnementale, une sorte d’éco-déconstruction avant la lettre, s’est fait ressentir. Nous le lisons dans Art and Technology in Maurice Blanchot (Presses Universitaires d’Édinbourg, 2023) de Holly Langstaff, qui démontre l’importance continue de Blanchot dans les débats philosophiques contemporains sur la technique, le post-humain et la pensée écologique ; Blanchot, Ecology and Contemporary Fiction : The Thought of the Disaster (Presses Universitaires d’Édinbourg, 2023) de Jonathan Boulter, qui lit l’idée du désastre chez Blanchot par rapport à la fiction écologique contemporaine du Royaume-Uni et de l’Ireland ; la collection allemande Die Apokalypse Enttäuscht: Atomtod, Klimakatastrophe, Kommunismus (éd. Alexander García-Düttmann and Marcus Quent, Diaphanes, 2023), qui fait converser l’essai de 1964 de Blanchot, « L’apocalypse déçoit », avec la catastrophe climatique. Ce numéro spécial de Oxford Literary Review approfondit les réflexions sur l’œuvre philosophique, critique et littéraire de Blanchot par rapport aux grandes crises écologiques de nos temps, y compris l’extinction, le réchauffement et la dégradation environnementale. Comment les réflexions de Blanchot sur le désastre et le nihilisme nous aident-elles à mieux concevoir la sixième extinction en masse ? Comment la pensée de Blanchot sur la littérature et le droit à la mort nous permet-elle de mieux apprécier l’afflux de fiction climatique et apocalyptique ? Comment les romans et récits de Blanchot nous aident-ils à repenser la nature, la terre, les mondes animaux et végétaux, et notre rapport au monde nonhumain en général ?
Outre les contributions de Silvano Facioni, Alexander García Düttmann, Leslie Hill, Arleen Ionescu, Philippe Lynes, Laurent Milesi, Alex Obrigewitsch et de Michael Portal, ce numéro spécial inclut une conversation radio inédite de 1983 entre Jacques Derrida, Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy intitulée « Les Discours de la fin », où la pensée de Blanchot sur le communisme, le désastre, l’écriture, la fin du livre, le nihilisme et la technique y joue le rôle principal.
Kai Gohara : « La sincérité et le silence chez Blanchot–en comparaison avec Merleau-Ponty »
La publication en 2013 des Recherches sur l’usage littéraire du langage, notes préparatoires aux cours donnés au Collège de France en 1953, a révélé que Merleau-Ponty lisait à l’époque les textes de Blanchot, parallèlement à ceux de Valéry, Parain, Paulhan, Sartre et autres. Merleau-Ponty et Blanchot faisaient partie des critiques qui, pendant et après la guerre, se sont penchés sur les nombreuses apories auxquelles se heurtait le langage littéraire. En parcourant Recherches, on constate que les principales apories auxquelles Merleau-Ponty s’intéressait concernaient la « sincérité » et le « silence » de l’écrivain. Ces thèmes étaient des questions que les critiques susmentionnés abordaient chacun sous un angle différent. Dans cette intervention, nous allons examiner les textes de Blanchot, notamment, « Le paradoxe d’Aytré » (1946), afin de mettre en évidence les différences entre les points de vue de Merleau-Ponty et de Blanchot sur ces deux thèmes.
Kai Gohara est professeur à l’Université de Tokyo (Japon). Elle a soutenu sa thèse en 2007 à l’Université Paris 7 et a publié en japonais L’image minimale de la littérature–sur Maurice Blanchot (2011). Elle a publié des études de l’œuvre de Blanchot en japonais et en français. Elle a participé aux traductions de L’Instant de ma mort, de L’Entretien infini et des Chroniques littéraires du Journal des débats de Blanchot.
Victória Monteiro de Lima :« L’indécidabilité de “veiller”dans Thomas l’obscur (1950) »
Cette intervention se penchera sur l’indécidabilité sémantique dans Thomas l’obscur (1950), comprise comme un procédé narratif qui oblige la pensée à opérer avec des catégories inhabituelles d’indétermination et de négativité, si caractéristiques de l’écriture de Blanchot. Ayant comme étude de cas le verbe veiller– dont la traduction en portugais brésilien oscille entre « velar », « vigiar » et « permanecer em vigília » – dans le chapitre II, nous évaluerons les effets que chaque option produit dans l’économie du paragraphe, en tenant compte de l’ambiance plus large du récit. Comme on peut le constater, le choix du verbe « velar » inscrit la scène dans une atmosphère funèbre et ritualiste qui est, en soi, la mise en scène de l’insaisissable : les mots désignent des relations qu’ils ne parviennent pas à saisir, ils « veillent » tout en révélant une absence. Quant à « vigiar » et « permanecer em vigília », bien que ces verbes partagent une phénoménologie de l’attention à l’invisible, ils déplacent également l’axe de l’expérience du rituel de la mort vers la pure attente face au vide. Il s’agit donc d’une ambiguïté qui reconfigure non seulement le sens, mais aussi l’économie même du regard dans le récit, apportant des nuances décisives dans la traduction. Le choix de l’un ou l’autre terme n’est pas purement lexical, il est stratégique, car il définit l’axe de lecture, que ce soit par la voie de la mort et du secret (« velar ») ou par la voie de l’attente et de l’œil intérieur (« vigiar » et « permanecer em vigília »), réalités qui, chez Blanchot, souvent se confondent.
Victória Monteiro est maître en Études de la Traduction (Universidade de São Paulo) et titulaire d’une licence en Lettres Modernes (Universidade de São Paulo | Université Lumière Lyon 2). Son mémoire porte sur la présence de la traduction dans l’œuvre de Blanchot et présente également une traduction commentée des quatre premiers chapitres de Thomas l’obscur (1950). En 2025, elle a intégré le comité d’organisation de deux événements consacrés à Blanchot au Brésil : le IIe Colloque International Maurice Blanchot (UFPR, Curitiba) et la Ire Journée Maurice Blanchot (USP, São Paulo).
Giovanni Salvagnini Zanazzo : « La subjectivité négativedans la nouvelle version de Thomas l’obscur »
La notion de « subjectivité négative » vise à identifier une approche de type apophatique de la subjectivité, la considérant non par l’accumulation de formes visibles et de signes identitaires mais, en revanche, comme ce sur quoi rien ne peut être dit – à l’image du Dieu de la théologie négative. Pour mieux éclairer le sens de cette notion, nous poserons une distinction entre le côté « solide » et le côté « irremplaçable » de la subjectivité, où le premier côté indique une solidité identitaire assez stéréotypée, de type bourgeois, tandis que le deuxième désigne, à travers une référence gidienne, le désir de se rendre irremplaçable, peu importe le moyen. C’est notamment ce dernier volet, et pas seulement le premier, que la subjectivité négative met en crise. En ce sens, la nouvelle version de Thomas l’obscur (1950) de Blanchot en constitue un cas exemplaire, dans la mesure où elle représente la descente de son protagoniste dans la dimension neutre de la « nuit ». Il s’agira donc d’étudier dans quelle mesure et par quels moyens ce roman participe du mouvement blanchotien de l’écriture menant du « Je » au « Il ». Ce faisant, on mettra en évidence qu’il est possible d’y déceler encore des persistances non négligeables, même si souvent négligées, de la notion de subjectivité – à la fois dans le point de vue situé du personnage et dans quelques-unes de ses considérations.
Giovanni Salvagnini Zanazzo est doctorant à l’Université de Padoue, en Italie, en cotutelle avec l’Université Paris Nanterre. Son projet de thèse porte sur les représentations « négatives » de la subjectivité dans les littératures française et italienne du XXe et du XXIe siècle. Il a participé en tant qu’intervenant ou organisateur à plusieurs colloques nationauxet internationaux. Il a également publié de nombreux essais dans des revues académiques telles que la Revue italienne d’études françaises, Between, Ligeia et Comparatistica. Ses recherches portent aussi sur la réception du Japon dans la littérature française, sur la théorie littéraire contemporaine ainsi que sur des écrivains italiens et français (dont Landolfi,Manganelli, Valéry, Barthes).
Parler, peut-être ne faisons-nous jamais que ça. La chose, pourtant, n’est pas toujours si simple, ni si plaisante. Et ne porte pas toujours à conséquence.
Le contexte de publication de « La Parole analytique », en 1956, est tout sauf neutre : centenaire de Sigmund Freud, parution de la première traduction française de La Naissance de la psychanalyse, publication de l’article de Jacques Lacan « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse ».
Son auteur, Maurice Blanchot, étonne ceux qui l’approchent par son intelligence autant que par son atopie : lui qui confiait sa retenue et sa prudence à propos de l’expérience analytique, fut pourtant de ceux qui, comme Jacques Lacan, n’auront jamais cessé de revenir à ce que parler veut dire.
Le texte inspirant de « La Parole analytique » invite le psychanalyste à donner les raisons de son accord ou de son désaccord avec ce qui est dit de l’inconscient et des implications de celui-ci.
Chose entreprise à plusieurs voix dans ce volume, dont la fonction critique opère alors comme starter d’un travail renouvelé des concepts de la psychanalyse, de l’acte du psychanalyste et de sa pratique qu’il s’agit encore et toujours, et particulièrement pour notre temps, de séparer d’une simple pratique de parole.
Les auteurs David Bernard, Michel Bousseyroux, Christine de Camy, Alexandre Faure, Claudine Hunault, Marie-José Latour, Parham Shahrjerdi, Colette Soler, Dominique Touchon-Fingermann.
Les 14 et 15 octobre 2023, la Maison Franco-Japonaise de Tokyo accueillait le colloque « Terreur et Rhétorique : Giraudoux, Sartre, Blanchot ». Réunissant chercheurs français et japonais, ce colloque a été l’occasion de se pencher sur les rapports complexes entre ces trois auteurs à la fin des années 1930 et au début des années 1940. Il s’agissait en particulier de s’interroger sur la place de la réception critique de Giraudoux dans la formation de la pensée de Sartre et Blanchot autour de la littérature et du langage. Une telle problématique nous a conduit donner une place à un autre auteur, né comme Giraudoux dans les années 1880, Jean Paulhan. Les concepts centraux de Terreur et de Rhétorique tels qu’ils sont explorés dans Les Fleurs de Tarbes jouent en effet un rôle essentiel dans la réflexion de ces deux auteurs. Le colloque a aussi fait l’objet d’une publication en japonais en 2024 chez l’éditeur Suiseisha.
Textes français réunis par Vincent Brancourt
Mis en ligne avec le soutien de l’Université de Lausanne
I Jornada Maurice Blanchot Faculté de Philosophie, Lettres et Sciences Humaines de l’Université de São Paulo, Brasil (FFLCH/USP) le 28 et le 29 août 2025
Avec la traduction et le traduire comme horizon thématique, la première Journée Maurice Blanchot à l’Universidade de São Paulo réunira des chercheurs.euses et traducteur.ices de Blanchot, dans le cadre du Laboratoire d’Études sur la Traduction (LET/USP) et du Programme de Master et Doctorat en Lettres Étrangères et Traduction (PPG-LETRA/USP). À un moment très propice pour la diffusion de l’œuvre de Blanchot au Brésil avec la récente parution de différentes traductions et l’approche d’un colloque international, l’événement qui se tiendra dans la faculté de Lettres est le premier consacré à Maurice Blanchot à l’Université de São Paulo.
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Tendo a tradução e o traduzir como horizonte temático, a I Jornada Maurice Blanchot contará com comunicações de pesquisadores.as e tradutores.as de Blanchot na Universidade de São Paulo, com realização do Laboratório de Estudos da Tradução (LET/USP) e do Programa de Pós-Graduação em Letras Estrangeiras e Tradução (PPG-LETRA/USP). Em um momento muito feliz para a difusão da obra de Blanchot no Brasil com a publicação recente de diferentes traduções e um colóquio internacional se aproximando, o evento, que acontecerá no prédio de Letras, celebra seu pensamento em um primeiro encontro do gênero dedicado a Maurice Blanchot na Universidade de São Paulo.
IIe Colloque International Maurice Blanchot – le déplacement sans place de la pensée du 1er au 4 septembre 2025 Universidade Federal do Paraná (UFPR), Brésil
Au début du mois de septembre, Curitiba accueillera le deuxième Colloque International Maurice Blanchot. Avec la mer comme image de ce déplacement sans place, cet événement hybride réunira des chercheurs.euses brésilien.nes et étrangèr.es autour des questions littéraires, philosophiques, éthiques et politiques que la pensée de l’auteur continue d’animer. Outre les conférences et les interventions, l’événement sera également marqué par le lancement des livres Aquele que não me acompanhava, de Maurice Blanchot, traduit par João Gomes (Autonomia Literária, 2024) et O Verbo Roubado (sobinfluencia, 2025), un recueil de textes d’Antonin Artaud organisé et traduit par Mayara Dionizio, ainsi que la projection du film « Maurice Blanchot (un siècle d’écrivains) » de Hugo Santiago et Christophe Bident (1998).
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No começo do mês de setembro acontece, em Curitiba (PR), o II Colóquio Internacional Maurice Blanchot – le déplacement sans place de la pensée. Tendo o mar como imagem desse “deslocamento sem lugar do pensamento”, o evento, de formato híbrido, reunirá pesquisadores.as brasileiros.as e estrangeiros.as em torno de questões literárias, filosóficas, éticas e políticas que o pensamento do autor continua a movimentar. Além de conferências e comunicações, o evento também contará com o lançamento dos livros Aquele que não me acompanhava, de Maurice Blanchot, tradução de João Gomes (Autonomia Literária, 2024) e O Verbo Roubado (sobinfluencia, 2025), uma coletânea de textos de Antonin Artaud organizada e traduzida por Mayara Dionizio, além da exibição do filme “Maurice Blanchot (un siècle d’écrivains) de Hugo Santiago et Christophe Bident (1998).
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Comité scientifique: Mayara Dionizio (UFPR/UPJV/Espace Maurice Blanchot) ; Erika Rodrigues (FLUP) ; Christophe Bident (UPJV/Espace Maurice Blanchot)
La traduction en portugais de Celui qui ne m’accompagnait pas vient d’être publiée par la maison d’édition Autonomia Literária, fondée en 2015 à São Paulo, avec une préface de Christophe Bident “Uma narrativa em apneia” [“Un récit en apnée”]. La maison d’édition concentre ses activités sur l’organisation de publications en réseau avec les mouvements sociaux, les intellectuels, les collectifs et les nouveaux portails de médias indépendants. Il s’agit également d’un projet politique, à but non lucratif et sans direction, qui expérimente des alternatives pour surmonter et remettre en question les relations marchandes.
La traduction est signée par João Gomes, professeur de français et historien médiéviste, responsable de l’atelier de traduction littéraire en prose française de la Casa Guilherme de Almeida. Il collabore régulièrement avec la Revue d’Histoire Ecclésiastique de Louvain et la Revue Le Moyen Âge. Dans le contexte de la pensée de Maurice Blanchot, il a coordonné une série de cours sur le concept de « faiblesse infinie » à la Casa Tombada et à l’Ateliê Paulista. Il se consacre actuellement à la traduction du Traître d’André Gorz (avec la préface de Jean-Paul Sartre et l’article de Maurice Blanchot sur ce livre), des Justes de Camus et de deux textes de Jean Genet sur son expérience personnelle en territoire palestinien.
Acaba de ser publicada, em português, a tradução de Celui qui ne m’accompagnait pas, pela editora Autonomia Literária, fundada em 2015, em São Paulo. A tradução conta com o prefácio de Christophe Bident, intitulado “Uma narrativa em apneia”. A editora se dedica em organizar publicações em conjunto com movimentos sociais, intelectuais, coletivos e novos portais de mídias independentes. Seu projeto é também político, sem fins lucrativos e autodirigido, que experimenta alternativas para superar e questionar as relações mercantis no meio editorial.
A tradução é assinada por João Gomes, professor de francês e historiador medievalista, também responsável pelo ateliê de tradução literária em prosa francesa da Casa Guilherme de Almeida. Ele colabora regularmente com a Revue d’Histoire Ecclésiastique de Louvain e a Revue Le Moyen Âge. No âmbito do pensamento de Maurice Blanchot, coordenou uma série de cursos sobre o conceito de “fraqueza infinita” na Casa Tombada e no Ateliê Paulista. Atualmente, dedica-se à tradução de Traître, de André Gorz (com o prefácio de Jean-Paul Sartre e o artigo de Maurice Blanchot sobre o livro), de Les Justes, de Camus, e de dois textos de Jean Genet sobre sua experiência pessoal em território palestino.
« Le groupe de la rue Saint-Benoît : repenser la pratique intellectuelle »
9 Janvier 2026
9-11 rue de Constantine Paris 7007
University of London Institute in Paris en partenariat avec l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC)
Le « groupe de la rue Saint-Benoît » renvoie à un groupe d’intellectuels qui se retrouvait régulièrement chez Marguerite Duras rue Saint-Benoît à Paris, de la fin des années quarante jusqu’aux années soixante, à la recherche d’un « communisme de pensée ». Alors qu’ils n’ont constitué qu’un groupe informel, leurs écrits et interventions divers offrent un ensemble de propositions sur la pratique intellectuelle communiste dont les implications n’ont pas encore été examinées et décortiquées.
Cette journée d’étude interdisciplinaire propose d’examiner l’importance du groupe et de démontrer les implications de son travail pour la pratique intellectuelle contemporaine.
La séance du 10 juin 2025 à 13h (heure française) prendra la forme d’une table ronde. Christophe Bident, Jean-François Hamel et Leslie Hill présenteront la correspondance politique qu’entretient Blanchot entre 1958 et 1970, en particulier avec Dionys Mascolo et les amis qui fréquentent l’appartement parisien de Marguerite Duras, rue Saint-Benoît.
Publication du 14-Juillet contre le retour de De Gaulle au pouvoir, Manifeste des 121, projet de Revue internationale, Comité étudiants-écrivains de 1968 : ces différents « épisodes » ont donné lieu à des écrits publics mais aussi à une intense correspondance qui nous rend cet engagement peut-être plus lisible, en en accentuant les lignes de force, les enjeux, les objectifs et les difficultés, les continuités et les discontinuités.
La présentation sera suivie d’un échange avec le public.
Rencontre internationale Maurice Blanchot Un changement radical d’époque : pour une critique de la notion de “totalité” 8 mai 2025 – Faculté des Lettres de l’Université de Porto
Le Cycle de Rencontres Internationales Maurice Blanchot constitue une série de rencontres scientifiques permanentes consacrées aux études blanchotiennes, organisées dans le cadre de l’Institut de Philosophie de l’Université de Porto | Groupe de Recherche Esthétique, Politique et Connaissance, sous la coordination scientifique et l’organisation d’Eugénia Vilela (FLUP | UP | APK – IF) et d’Erika Rodrigues (UP | APK -IF), en collaboration avec Alain Milon (Université Paris Nanterre) et l’Espace Maurice Blanchot – dirigé par Christophe Bident (Université de Picardie Jules Verne), Jérémie Majorel (Université Paris Nanterre), Parham Shahrjerdi (Forums du Champ lacanien). La Rencontre Internationale Maurice Blanchot | 2025, intitulée Un changement radical d’époque : pour une critique de la notion de « totalité » présente une question philosophique qui se déploie de différentes manières dans l’œuvre de Maurice Blanchot : la problématisation des projets hégémoniques de construction de l’idée de « totalité ». En ce sens, on analysera la multiplicité des plans notionnels qui traversent l’idée de « totalité », en considérant l’affirmation d’une dimension absolue et infinie d’engendrement. Nous essayerons, ainsi, de penser les forces qui interrompent violemment les présupposés conceptuels impliqués dans les tentatives d’instauration d’une pensée totalitaire, produisant « un changement radical d’époque ». La Rencontre Internationale Maurice Blanchot | 2025 aura lieu à la Faculté des Lettres de l’Université de Porto, le 8 mai 2025, dans le cadre du Groupe de Recherche Esthétique, Politique et Connaissance de l’Institut de Philosophie de l’Université de Porto.
Entre le 1er et le 4 septembre 2025, l’Université Fédérale du Paraná (UFPR) accueillera la deuxième édition du Colloque Maurice Blanchot, cette fois dans un format hybride et international. Le colloque, qui réunira des professeurs, des chercheurs et des étudiants brésiliens et étrangers, a pour objectif de stimuler les débats et les recherches qui éclairent les questions philosophiques, littéraires et politiques de la pensée de Maurice Blanchot. À cette fin, le comité d’organisation propose un ensemble de conférences et une série de communications dans le but de promouvoir le dialogue entre chercheurs de différents pays et de différentes langues, ainsi que de renforcer les échanges philosophiques, littéraires et culturels autour de l’œuvre de Blanchot.
« Le dernier moment… C’est long, mais ce sera bon ». Le principe générateur d’Aminadab.
Si seule la honte de Joseph K. déborde les confins du Procès, survivant au personnage dont la mort clôt le livre de Kafka, c’est le personnage même de Thomas, ou ce à quoi il sert de véhicule, que le roman qui porte son nom échoue à contenir, et qui trouve dans la honte comme un nouveau départ. Aminadab, c’est le roman de ce débordement du roman. Parti pour compléter la tâche que Thomas l’obscur laisse inachevée et qui est, d’après Blanchot, d’« en finir », le roman est réduit à raconter ce qui dans tout acte de raconter empêche qu’on ne prononce jamais le mot de la fin. Roman donc d’une liminalité interminable, engendrant fatalement une quantité inépuisable de narration, qui apporte, avec une sorte de complaisance, sa charge de faits, de personnages, de sentiments et de réflexions. Si entre la version manuscrite et le roman publié en 1942 on peut dire qu’Aminadab subit une véritable cure d’amaigrissement, c’est que le travail du romancier à ce stade de son évolution consiste à tenir tête aux délectations d’une affabulation intarissable, en ramenant la narration perpétuellement au point où, perpétuellement, la fin lui échappe. Quelques moments de ce travail feront le sujet de mon intervention.
Michael Holland a publié des études de l’œuvre de Blanchot en anglais et en français, dont certaines ont été traduites en allemand, espagnol et russe. Il a co-fondé et co-édité les Cahiers Maurice Blanchot (2011-2019). Il est l’auteur d’un Blanchot Reader (1995) et d’Avant dire (2015), un volume de ses essais sur Blanchot en français. Il a publié une traduction en 4 volumes des Chroniques littéraires du Journal des Débats chez l’éditeur new-yorkais Fordham (2014-2019). Il prépare avec Hannes Opelz un Dictionnaire Maurice Blanchot pour les éditions Classiques Garnier.
Clément Willer
Des portes vers « autre chose » : quelques éléments pour une lecture croisée d’Aminadab de Maurice Blanchot et d’Abahn Sabana David de Marguerite Duras.
C’est une « porte bizarre » qui mène à la vérité, disait le peintre Francis Bacon. Aminadab de Maurice Blanchot et Abahn Sabana David de Marguerite Duras nous encouragent à franchir cette porte bizarre, ce seuil vers tout autre chose. Au début d’Aminadab, Thomas entrevoit un visage qui lui fait signe à travers la vitrine d’un magasin, ce qui l’amène à franchir la porte et à s’engouffrer dans une maison labyrinthique où il sera « un étranger » et ne retrouvera « rien de son ancienne vie ». Dans les premières pages d’Abahn Sabana David, une femme et un homme s’arrêtent en chemin pour contempler pareillement une intrigante maison : ils finissent par se diriger vers la porte et par pénétrer dans ce lieu où l’on devient « autre chose » que ce qu’on était. Marguerite Duras avait probablement lu Aminadab à sa parution chez Gallimard en 1942, et il est possible que le roman continuât de la hanter inconsciemment en 1970, tandis qu’elle écrivait Abahn Sabana David, qu’elle dédiait justement à son ami Maurice Blanchot. Faisant dialoguer ces deux romans, il s’agira de comprendre comment ils ébauchent chacun une hétérotopie, au sens où les hétérotopies ne renvoient pas comme les utopies à ce qui n’a aucun lieu, mais à des « espaces absolument autres » qui sont comme des failles dans la trame de l’ici et du maintenant : une hétérotopie écologiste dans le cas d’Aminadab, si l’on songe à la possibilité d’une « forme élevée d’union entre vous et le milieu où se façonne votre vie » évoquée à la fin du roman, et une hétérotopie communiste dans le cas d’Abahn Sabana David, si l’on songe au « communisme sauvage » rêvé par le groupe disparate de marxistes hérétiques. Dans les deux cas, sur un mode allégorique, « il s’agit d’aller », comme dirait Mark Fisher, « peut-être lentement, mais certainement de façon résolue, de là où nous sommes jusqu’à un endroit très différent ».
Clément Willer est docteur en littérature de l’Université du Québec à Montréal et de l’Université de Strasbourg. Sa thèse s’intitulait : Il faudra quand même essayer de ne pas le construire : le communisme sauvage de Marguerite Duras. Une version sous forme d’essai paraîtra chez Abrüpt en 2025.
Ryotaro Nakata
La texture invisible du texte : analyse des réécritures d’Aminadab.
On observe une myriade de différences entre Aminadab (1942) et sa version antérieure manuscrite. Dans ce dernier texte, jusqu’ici inédit, foisonnent des descriptions psychologiques plus développées des personnages ainsi que des précisions substantielles sur l’architecture énigmatique de la maison. Or, pour parachever son roman, Blanchot a soit entièrement supprimé ces éléments, soit les a réécrits dans une forme plus épurée et incisive. Cette démarche traduit sa volonté d’intensifier la densité de l’univers romanesque, d’en accentuer l’opacité et la structure labyrinthique.
Parmi les innombrables modifications, l’une des plus significatives pour le lecteur réside dans la transposition d’un passage, déplacé et inséré dans un tout autre contexte du roman. Il s’agit de l’entretien entre Thomas et Jérôme : il apparaît aux pages 142-144 de l’édition de la collection « L’Imaginaire », mais il appartenait originellement à une autre section du manuscrit. Cette redistribution textuelle renforce l’ambiguïté du monde romanesque et en accentue l’obscurité.
Dans cette intervention, nous nous attacherons dans un premier temps à analyser, d’un point de vue formel, la manière dont Blanchot réorganise ses manuscrits. Nous tenterons ensuite d’examiner les effets de cette recomposition sur la dynamique narrative et sur la logique interne de l’œuvre.
Ryotaro Nakata est doctorant à l’Université de Tokyo. Son dernier article, « La possibilité de l’art du roman : autour de Thomas l’Obscur de Maurice Blanchot », publié en japonais dans Études de langue et littérature françaises (n°126, 2025), explore une problématique de l’art du roman à travers une lecture de l’œuvre narrative de Blanchot.
Après quatre séances en 2024, le webinaire reprend avec deux séances au printemps et deux séances à l’automne.
La première séance aura lieu le 5 mai à 13h (heure française). Elle portera sur la récente édition, par Leslie Hill et Philippe Lynes, d’une version d’Aminadab antérieure à celle qui fut publiée en 1942.
La deuxième séance aura lieu le 10 juin à la même heure. Elle portera sur la correspondance politique de Blanchot dans les années cinquante et soixante.
La séance consacrée à « La philosophie en effet », initialement prévue au printemps, aura lieu à l’automne.
Mayara Dionizio publie « O escoamento da linguagem ou o vazio como condição de sentido » (« L’écoulement du langage, ou le vide comme condition du sens ») dans la revue d’esthétique en ligne Viso : Cadernos de estética aplicada (n°35, juillet-décembre 2024). Après une belle ouverture en forme de clin d’œil mythologique au tonneau des Danaïdes, Mayara Dionizio propose une réflexion sur l’altérité du langage fondée sur le vide comme condition de son existence. À partir de la lecture proposée par Blanchot dans « Le problème de Wittgenstein », qui établit un rapprochement entre Gustave Flaubert, Wittgenstein et Raymond Roussel, elle montre comment la structure du langage renvoie à un vide qui se réalise toujours dans la possibilité de dire quelque chose d’une autre manière.
Il y a quelques semaines, Stéphane Madaule, fils de Pierre, publiait Mais voici la Sibylle de son oncle Puységur (Les impliqués, 2024), où le personnage d’Edmond cherche des réponses supplémentaires aux mystères de la grande bibliothèque, dont les femmes font de la lecture… une tâche sérieuse. Mais voici que sort ces jours-ci un autre livre posthume, Ma Folie – Blanchot, de Pierre Madaule, qui tisse un récit de mémoire, de rencontre et d’échange avec Blanchot, composé de « quarante-six journées » de lecture, d’écriture et d’anamnèse, ainsi que d’annexes comprenant des lettres écrites par Madaule à un autre admirateur, Roger Laporte.
L’équipe de direction du site Espace Maurice Blanchot reconduit en 2025 le webinaire international inauguré l’an dernier.
Chacune des quatre séances de 2024 a rassemblé entre vingt et trente participants et ce sont 58 personnes, depuis plusieurs continents, qui ont participé l’an dernier à au moins l’une d’entre elles.
Les deux premières séances ont été consacrées au Blanchot politique de Leslie Hill et aux travaux actuels de trois doctorants. Les deux suivantes ont porté sur la traduction et la valeur d’usage de Blanchot. Une publication des Actes est à venir sur le site.
Les deux prochaines séances auront lieu au printemps et porteront, l’une sur les liens entre Blanchot et la collection « La philosophie en effet » des éditions Galilée, l’autre sur la récente édition, par Leslie Hill et Philippe Lynes, d’une version d’Aminadab antérieure à celle qui fut publiée en 1942.
La séance consacrée à Aminadab aura lieu le 5 mai 2025 à 13h.
La séance consacrée à « La philosophie en effet » aura lieu en mai ou juin, à une date restant à déterminer.
En 1973, Pierre Madaule publie chez Gallimard un des tout premiers livres portant sur l’œuvre de Blanchot : Une tâche sérieuse ? Madaule et Blanchot s’écrivaient alors depuis vingt ans et continueront à échanger ensuite. Après la mort de Blanchot, Madaule publiera cette correspondance (Gallimard, 2012).
Mais le livre de 1973 est aussi le début de ce qu’on pourrait nommer aujourd’hui une trilogie, composée par deux frères, Pierre et Edmond, l’aîné, qui use, lui, du pseudonyme de Puységur. Écrit en 1952-1953, publié en 1983 chez Flammarion, La Grande bibliothèque de Puységur est un récit présentant au lecteur une bibliothèque dont tous les livres sont incarnés par des figures féminines. Pierre Madaule poursuit ce travail avec Véronique et les Chastes (Ulysse fin de siècle, 1988), qui se déroule dans le même univers littéraire que La Grande bibliothèque.
Aujourd’hui, Stéphane Madaule, fils de Pierre, publie Mais voici la Sibylle de Puységur (Les impliqués, 2024), suite du récit de La Grande bibliothèque, où le personnage d’Edmond cherche des réponses supplémentaires aux mystères de la grande bibliothèque, dont les femmes font de la lecture… une tâche sérieuse.