Espace Maurice Blanchot

www.blanchot.fr

Parham Shahrjerdi

Traduire l’impossible | Parham Shahrjerdi

Ce que j’ai vu, entendu, appris…. C’est le titre du livre de Giorgio Agamben qui vient de paraître en France. À un moment donné, à la fin, au beau milieu de sa vie, de son parcours, il est bon, il est beau de dire ce que tu as vu, ce que tu as entendu, ce que tu as appris.

Cerisy-la-Salle, juillet 2007. Je parlais de la littérature, en insistant sur la censure, sur un ministère qui est en charge de ça, un ministère qui veille sur la langue, sur les mots. Guidance. On guide vers. On dirige. Il y a des interdits, des interdictions. Il ne faut pas dire, il faut dire. Ce sont des obstacles, des détours. C’est la censure visible. Limpide. Tout le monde le sait, plus ou moins. On tue une littérature. En 2007, on pensait qu’il s’agissait d’une spécificité géographique, propre à une partie du monde. Le temps passant, on voit que la langue est toujours malmenée, attaquée, obligée, étourdie. C’est propre au pouvoir et à sa mainmise sur la langue.

Mais il faut aussi parler de cette censure invisible, plus insidieuse, qui opère dans les profondeurs mêmes de la langue. Elle altère sa structure, affectant « lalangue », au sens lacanien, jusqu’à la rendre méconnaissable : une langue traumatisée, fracturée, qui touche à la fois les lettres et les êtres. L’inconscient est structuré comme un langage, dit-on. Mais que se passe-t-il lorsqu’une langue devient un instrument pour dire : ferme-la ? Une langue capable de tuer, d’égorger, de serrer une corde autour de ton cou. Une langue qui signe l’ordre de détruire, d’annihiler. Une langue qui marche dans le sang, qui s’en nourrit, qui boit le sang et le recrache pour mieux en répandre. Une langue infectée, infecte, qui s’attarde sur sa propre putréfaction et l’aime. C’est une langue qui accueille un certain Rouhollah Khomeini. Une langue qui prononce l’arrêt de mort, rend possible la mort, donne la mort. C’est une langue qui fuit la vie, une langue qui s’étouffe en avalant elle-même son propre souffle. Une langue, dévorée par son infection, devient étrangère à la liberté. Une langue qui refuse d’espérer.

Quelle langue.

Dans mon expérience, je n’ai jamais aimé le terme traducteur, ni le verbe traduire. Cela évoque une mécanique simpliste : prendre un mot ici, le poser là-bas, et prétendre que le tour est joué. Mais cela ne fonctionne pas ainsi. Traduire un texte de Blanchot, de Duras, de Quignard ou de Lacan, c’est se confronter à une langue appauvrie, fracturée, perforée de toutes parts, une langue traumatisée. L’horizon de la traduction n’est jamais l’évidence, mais toujours l’impossible.

J’ai tenté de bâtir une langue, une langue autre, loin de l’emprise de la langue dominante, hors de sa portée, insaisissable par ses mécanismes. Mais ce choix a eu un prix : un exil. Des décennies vécues entre ici et là-bas, dans un entre-deux étrange et fatal. Après plus de trente ans d’éloignement, on continue à me demander ce qui se passe là-bas, comme si mon départ n’avait jamais été acté. Et pourtant, là-bas, mes traces s’effacent peu à peu, comme si je n’y avais jamais existé.

J’ai toujours pensé que les choses obtenues sans effort, rapidement, sont empreintes de suspicion. Le cheminement douloureux, les épreuves, restent la condition nécessaire à toute véritable connaissance. Ce travail sur la langue, sur une langue qui résiste, n’a jamais été une voie facile, mais c’est précisément ce qui en fait son authenticité, et son intérêt. La possibilité d’une langue, c’est aussi la possibilité d’une vie.

Dès ses premiers écrits en français, Blanchot s’exprimait déjà dans sa « lalangue », une langue étrangère, délibérément distante de toute forme d’assujettissement. Traduire Blanchot, c’est persister dans cette quête d’une langue déconnectée, détachée de tout pouvoir, de tout contrôle, une langue hors des conventions et des régimes établis. Dans cette perspective, ce n’est pas tant la traduction intégrale de son œuvre en persan qui importe, mais la recherche d’une langue intacte, non contaminée par les normes dominantes. Et tant qu’une telle langue ne verra pas le jour, tant que nous ne mettrons pas en œuvre un désir profond, une volonté de fabriquer cette langue, toute traduction est vouée à disparaître avant même d’apparaître.

Je souhaite évoquer un livre radical, une exploration extrême de la pensée sous la terreur. Dans Rêver sous le IIIe Reich, Charlotte Beradt rassemble plus de trois cents rêves, recueillis entre 1933 et 1939, pendant l’ère du IIIe Reich, pour illustrer comment des hommes et des femmes ordinaires se retrouvent pris dans une situation inimaginable. L’ennemi n’est plus seulement un visage extérieur : il est partout. Il envahit la rue, l’administration, ton esprit, ta langue, ton intimité, ton travail, ta journée. Mais cet ennemi va plus loin encore : il s’immisce dans ton corps, se fraye un chemin dans tes nerfs, occupe ta pensée, s’infiltre dans ton lit, sous ta couette. C’est un spectre qui vient, qui revient, qui occupe ta nuit, qui fait de toi son rêve. Il devient l’élément déclencheur, le signifiant-maître, l’invisible occupant. Dans cette situation, le territoire est assiégé de toutes parts. Et il en va de même pour notre langue. Il serait imprudent d’ignorer cet état de siège.

À ce point, j’aimerais convoquer Jean Paulhan pour qu’il nous parle de la terreur dans les lettres. La terreur des êtres qui tentent de parler, d’écrire, de traduire, d’exister. Peut-on encore respecter la structure, les conventions d’une langue, alors qu’elle est capable de signer l’arrêt de mot, et aussi l’arrêt de mort ? Comment peut-on être dans une langue sans devenir prisonnier de cette langue officielle, sans se laisser enfermer dans les mots qu’elle impose ?

Lorsque tout est occupé, le langage se trouve appauvri. Dans ces conditions, peut-on encore écrire ? Quand la langue est ainsi malmenée, le texte peut-il subsister dans la traduction ? Disposons-nous des outils nécessaires pour faire surgir un seul mot ? L’espace littéraire est-il vraiment propice à une telle entreprise ? Et les corps, ces réservoirs de langage, sont-ils prêts à accueillir cette langue ?

Alors commença sans doute pour le jeune homme le tourment de l’injustice […]. Demeurait cependant, au moment où la fusillade n’était plus qu’en attente, le sentiment de légèreté que je ne saurais traduire : libéré de la vie ? L’infini qui s’ouvre ? Ni bonheur, ni malheur. Ni l’absence de crainte et peut-être déjà le pas au-delà.

J’aimerais m’arrêter sur quelques mots ici, notamment : « je ne saurais traduire ». N’avoir pas de mots pour ce que l’on éprouve. Pas encore. Ce moment précis où l’insuffisance de la langue devient palpable. On se rend compte qu’on n’a rien. Qu’on n’a pas grand-chose en main. Ce n’est pas une scène primitive, mais une scène fondamentale : un défaut constitutif, qui, dorénavant, serait à l’origine de quelque chose, une faille fondamentale.

Ni bonheur, ni malheur. Ni absence de crainte, et peut-être déjà le pas au-delà.

Le pas, donc. Un pas, comme un mouvement en avant, ou en arrière, cela dépend. Mais aussi, comme le négatif. Ne pas. Ne pas aller dans cette direction. Un pas extrême, un pas radicalement « pas ». Désormais, c’est ça l’horizon, c’est ça qui est inscrit sur le ciel vide, c’est ça dans la rencontre avec la mort, dans le réel. Mon pas est intransigeant. Mon pas ne cède pas, mon pas ne recule pas. Mon pas résiste, il tient tête. Ce pas serait intraduisible, il touche à l’impossible.

Touche-t-on à quelque chose ? Nous avons touché au poème. C’est Mallarmé qui nous a appris à toucher. Mais où sont ses manifestations dans le réel ? On le cherche, on les cherche encore.

J’aimerais insister sur deux points essentiels : les valeurs et les besoins. Blanchot en parle à propos du livre de Dionys Mascolo, dédié au communisme. D’emblée, il est crucial de définir les valeurs : celles que nous choisissons d’accepter, de soutenir, et celles que nous rejetons, avec lesquelles nous sommes en conflit. Une politique, un mouvement, une traduction qui se trouve dans une confusion partielle ou totale entre valeurs et besoins ne parvient pas à émerger. Elle reste bloquée dans les bas-fonds d’une langue, condamnée à se taire ou, pire, à se perdre dans un bavardage massif et inutile.

Il y a presque vingt ans, j’ai publié La Folie du jour. À l’époque, je me suis dit : « Voilà, je vais passer par une maison d’édition à Téhéran, car ce livre est trop subtil pour que le ministère de la censure, peuplé de mercenaires analphabètes, puisse y déceler la moindre subversion. Ils ne verront rien, rien du tout ! » Et en effet, c’est passé.

J’étais jeune, moins indésirable, moins persona non grata qu’aujourd’hui. Chaque été, je rendais visite à ma langue et à ma ville. En 2004, j’ai signé le contrat sous une chaleur accablante de quarante-huit degrés. L’éditeur voulait publier deux mille deux cent exemplaires pour la première édition. Mais il a fallu attendre, attendre, attendre un an et demi pour que le livre arrive enfin en librairie.

Un an et demi… c’est long, très long, en pleine époque de fascisme. Oui, le temps est compté. À la sortie du livre, l’éditeur m’annonce qu’il ne respectera pas le contrat et publiera seulement mille exemplaires. C’est ainsi. Il n’est pas tenu de respecter l’accord. Alors, je me suis dit qu’il était temps de lâcher tout ça : lâcher la facilité, lâcher le possible, lâcher l’éditeur, lâcher les calculs, lâcher les retours, lâcher cette langue qui tue si gentiment, si facilement… Il fallait accepter, accepter de tout abandonner, de s’engager sur ce chemin sans retour qu’est la littérature. Sans retour et sans recours.

Et, au fond, de réunir les conditions pour prendre soin, prendre soin des lettres, prendre soin de la traduction. Même si je n’aime pas la traduction, ni le verbe traduire, j’essaie de laisser cette main écrire Blanchot en persan. J’essaie de faire advenir une langue qui parlerait comme Blanchot, en persan, s’il parlait en persan, parce que je sais qu’il ne parlerait pas avec la langue dominante, qu’il ne s’exprimerait pas avec des mots trop possibles, trop écrasés, trop emprisonnés. Céder le corps, comme céder la langue, à l’autre, à celui qui vient parler dans ma langue. Parle, parle, maintenant !

Tout écrivain qui, par le fait même d’écrire, n’est pas conduit à penser Je suis la Révolution, en réalité n’écrit pas.

L’action concrète, inspirée par Blanchot, dépasse la simple traduction d’un livre ou d’un article : elle se déploie dans un projet plus vaste, plus engagé. Lancer des revues, créer des communautés autour de l’idée de résistance. Refuser, sans compromis, toute forme de collaboration avec tous les régimes, dans tous les domaines, d’être sans alliés, n’être ami qu’avec des lettres, des mots qui ne baissent pas la tête. Faire de l’écriture un acte politique, un acte de résistance pure, où le refus et l’engagement se rejoignent dans un même souffle. Non, il ne s’agit pas de parler de politique. Il s’agirait d’être foncièrement politique.

Blanchot incarne cette idée d’un anti-conformisme radical, où l’écriture et la politique se fondent dans un geste commun de résistance, qui rejette le conformisme de la langue dominante et des institutions oppressives.

Mesurer le manque, réinventer la faille : traduire Blanchot, c’est avant tout se confronter à l’inaccessibilité, à la lacune, à ce qui échappe à toute forme de saisie totale. C’est une plongée dans le vide, une ouverture vers l’impossible.

La traduction ne doit pas être un automatisme. Une langue anesthésiée, qui n’interpelle pas, ne peut rien traduire. Traduire, c’est mesurer le manque, réinventer la faille, créer un espace littéraire et politique. La traduction devient alors un double acte – celui de transmettre l’œuvre, et celui, plus profond, de réinventer les conditions de son accueil dans une langue et un contexte qui lui sont étrangers.

Blanchot, dans cet acte de traduction, ne reste pas un simple spectre du passé ; il devient une figure vivante, une source d’inspiration pour continuer à résister à travers l’écriture, pour repenser la politique, pour faire de chaque mot un corps, une arme, un souffle, une vie à venir.

Parham Shahrjerdi exerce la psychanalyse et l’écriture à Paris. Membre des Forums du Champ lacanien et élu‑délégué du Pôle 14 de l’EPFCL, fondateur de l’Espace Maurice Blanchot, il explore les liens entre psychanalyse, littérature et philosophie, traduit en persan Blanchot, Duras, Bataille et Quignard, et co-anime la revue Hors-Sol avec Benoît Vincent.

Là où ça tremble et où ça tient encore | Parham Shahrjerdi

Sous ce titre, j’aimerais partager avec vous quelques réflexions.
Je voudrais évoquer un effort de mémoire, pour rappeler – et nous rappeler – l’importance de l’œuvre de Maurice Blanchot, surtout en des temps où tout semble s’effacer, où les repères se font invisibles.

Nous vivons dans une époque où peu osent prendre la parole,
où personne ne crie,
où rien ne se dresse pour nous montrer autre chose que le désert, le vide, la mort.

Valeur dusage

Ou, si je peux le dire autrement : à quoi sert Maurice Blanchot, aujourd’hui ?

J’aimerais le dire encore différemment : mon rapport avec l’œuvre de Blanchot, qu’est-ce que cela m’apporte, quelle porte ouvre-t-il, quel malheur rend-t-il supportable, quel désastre repousse-t-il, quelle littérature, quel rapport avec la littérature, quelle position permet-il de tenir ?

Pour moi, il s’agirait de ne pas mourir,
il s’agirait de survivre,
il s’agirait de tenir,
contre vents et marées.

Vulnérabilité

Vulnérable, capable de vulnérabilité.
Entrons dans ce rapport.

J’ai essayé de me rappeler de Maurice Blanchot.
Parfois avec une certaine rage,
parfois avec un agacement,
et parfois, ni l’un, ni l’autre.

J’ai pensé à ce fantasme collectif qui lui attribuait toutes sortes de délire,
à cet homme invisible, insaisissable,
qui continue à nourrir la fascination de ceux qui n’ont jamais véritablement pris le risque de l’écriture.

Et puis, j’ai pensé à la vie.
La vie qui nous échappe,
la vie aujourd’hui grandement menacée de partout –
et oui, j’ai pensé aussi à ma propre vie.

Vulnérable.
Un mot puissant qui nous ramène à ce qui peut être blessé, frappé, touché par le mal, par la déchirure physique ou psychique.

Est-ce une blessure déjà advenue ?
Une blessure à venir ?
Peut-être est-ce l’un et l’autre.

La maladie de Blanchot

Grâce au travail fondateur de mon ami Christophe Bident, avec ce titre si suggestif, Le Partenaire invisible, et tout ce qu’il a bâti depuis, nous connaissons aujourd’hui ces fragments biographiques qui jalonnent la vie de Blanchot.

1922 : cette opération chirurgicale qui se passe mal et laisse des séquelles irréversibles.

À partir de là, la maladie sera sa compagne éternelle :
Asthme,
grippes chroniques,
pleurésie,
tuberculose,
sensations de vertige et d’étouffement,
crises de claustrophobie,
affections nerveuses.

Il mange peu, dort à peine.
La fatigue est extrême,
l’épuisement presque permanent,
l’insomnie, ce « vagabondage nocturne »,
cette manière de « rendre la nuit présente »,
ne le quitteront jamais.

L’arrêt de mort, pour lui, n’est jamais loin.
Il demeure dans cet état singulier qui le place hors du temps.

Dans chaque correspondance avec ses amis,
le silence semble s’imposer,
comme un prélude au calme d’où émerge toute parole.

« Ce coup m’ébranla, je le reconnais. »
La folie du jour

Maladie et recherche de justesse

La maladie, c’est aussi, pour Blanchot, une recherche permanente de justesse,
un effort d’équilibre qui relève de la survie.

Nous savons, de façon anecdotique peut-être, ce qu’il mangeait :
toujours la même chose,
en quantité infime,
avec une constance absolue.

Cette vigilance presque extrême le garde en vie.

Au lieu de toutes les vertus du monde, il n’en garde qu’une, essentielle, à laquelle il se tient :
une sensibilité qui devient intolérance,
et pour lui, il n’y a pas d’autre issue.

Oublier, négliger ce qui te maintient en vie, même une seule fois –
un mot, un oubli, une indifférence, un laisser-aller –
et tout se perd…

Une faiblesse qui tient

« Sil était si fort, ce nest pas quil fût invulnérable. Il était au contraire dune faiblesse qui échappait à notre mesure. »
Le dernier homme

« Il était par là étrangement faible et vulnérable.
Un regard superficiel, dirigé sur sa personne, semblait lexposer à une menace incompréhensible. »
Le dernier homme

Du malheur personnel au malheur impersonnel

Connaître l’un et être préoccupé par l’autre.

Il écrit alors à Georges Bataille :

« Je dois d’abord vous dire que ce que vous m’écrivez me touche comme l’expression de la vérité, d’une vérité qui sans doute menace et ébranle toute possibilité d’être vrai et à laquelle on ne peut, vivant, appartenir sans, peut-être, cesser de s’appartenir.
Mais je voudrais vous dire plus (très rapidement et presque froidement, parce qu’il n’est pas possible de s’appesantir) : il me semble depuis longtemps que les difficultés nerveuses dont vous souffrez – pour en parler en termes d’objectivité médicale – ne sont que votre manière de vivre authentiquement cette vérité, de vous maintenir au niveau de ce malheur impersonnel qu’est le monde en son fond. »

Il écrit aussi à Vadim Kozovoï :

« Très cher Vadim, Comme je suis préoccupé par votre santé. »
Lettres à Vadim Kozovoï suivi de La parole ascendante

Et dans la même lettre, en date du 1er mars 1989 :

« Est-il indiscret de vous demander des détails sur votre maladie ?
Les poumons, sans doute, qui, depuis le camp, font peser une menace sur vous. »
Lettres à Vadim Kozovoï suivi de La parole ascendante Maurice Blanchot / 22/12/1983

Linquiétude pour autrui

Tel un médecin, mieux qu’un médecin,
et il a failli être médecin,
et il le dit, il le fait,
il est constamment inquiet de la santé des autres.

Monique Antelme et la vie de l’œuvre

Je pense à l’œuvre de Blanchot, et dans cet élan,
je me tourne vers mon amie Monique Antelme,
cette présence vive et inflexible
qui, par sa lucidité, rendait cette œuvre vibrante et pleine de sens.

Elle savait éclairer ce qui était souvent perçu comme hermétique, abstrait ou nihiliste,
et la plaçait là où elle devait être :
non dans une bibliothèque poussiéreuse,
mais dans la rue, au cœur de la révolte, dans le mouvement, dans la vie.

Elle a incarné, mieux que quiconque, cette tension vers ce qui est toujours à venir,
ce refus radical de l’ordre établi pour revendiquer ce qui devrait être.
C’est dans cette radicalité que Blanchot trouve son élan insatiable, un horizon sans cesse à conquérir.

Je veux aussi penser à cette époque, aux manifestations contre le CPE à Paris :
Au début des années 2000, la ville vibrante, secouée, grondait sous nos pas,
les étudiants et les lycéens marchaient, criaient,
portant dans les rues leurs textes, leurs espoirs, leur colère.

Le CPE, le Contrat Première Embauche,
loi qui voulait faciliter l’entrée des jeunes dans le travail
mais les laissait dans la précarité, menacés dans leur avenir,
nous semblait un affront, un danger à combattre.

Nous votions le blocage des universités,
nous laissions nos mots circuler, nos phrases rencontrer la vie,
espérant que la littérature s’échappe des livres
pour toucher le réel, pour frapper le monde,
pour tenir debout, même un instant, contre la peur, contre la fatalité.


Je pense aux 1er mai où nous parcourions les rues,
défiant les forces d’oppression,
distribuant des textes de Blanchot, offrant Le Refus aux jeunes et moins jeunes.

Et Monique, sans compromis ni silence complice, vivait pleinement cette révolte.
Je me dis qu’il est beau et précieux d’avoir une telle amie,
une amitié qui, même dans l’absence, reste présente, inséparable de cette lutte et de cette pensée vive.

Je pense aussi à Derrida, bien sûr, et à mon bel ami, Daniel Dobbels,
celui qui a su garder le sensible, faire entendre, donner à voir ce qui sans cesse se dérobe,
être mu par cette œuvre.

C’est peut-être cela, après tout, l’essentiel : être mu.
Être animé par une œuvre, habité par elle,
et non simplement la lire ou la contempler à distance.
Se laisser porter par son souffle, par sa présence fragile et incandescente,
jusqu’à ce qu’elle devienne, non pas un objet, mais un mouvement qui continue en nous.

Le refus et la résistance

Je pense que l’heure est grave, de plus en plus,
et cette pensée, cette œuvre, celle de Blanchot, et quelques autres,
devraient nous permettre d’avoir une espèce de boîte à outils,
de nous permettre de ne pas nous égarer dans la nuit sans fin,
de ne pas mourir imbécile,
de ne pas trahir notre idéal,
de ne pas tomber dans un engrenage,
de polémique stérile en polémique stérile.

Quel gâchis tout ça !

Lhomme et la littérature

L’homme, qui se sait vulnérable, décide de partir

Pour être au plus près de la littérature

Être au plus près de la vie

Être au plus près de la vulnérabilité

Être le funambule qui ne tombe pas

Ne tombe pas encore

Le vulnérable, comme le dissident, refuse les fausses alternatives,

les deux étant mortels, mais ouvre une voie profondément révolutionnaire.

Ce n’est pas un équilibre ou une position neutre,

c’est une rupture, une véritable dissidence

qui refuse les catégories et les compromis des partis.

Très jeune, il écrit :

« Cette opposition n’a évidemment rien de commun avec l’attitude de propagande qui consiste à se déclarer au-dessus de tous les partis. […]

En réalité, ce qui compte, ce n’est pas d’être au-dessus des partis, c’est d’être contre eux.

Ce n’est pas de reprendre le vulgaire mot d’ordre : ni droite, ni gauche, mais d’être réellement contre la droite et contre la gauche. […]

Le vrai dissident […] est celui qui quitte une position sans cesser d’observer la même hostilité à l’égard de la position contraire. »

La communauté de ceux qui n’ont pas de communauté.

Lexil comme condition de survie

L’exil, comme condition de survie.
Être ici sans être ici.
Abandonner tout, à ceux qui savent, à ceux qui pensent savoir, les valeurs, les positions.

Il y a une raison que nous n’accepterons plus,
il y a une apparence de sagesse qui nous fait horreur,
il y a une offre d’accord et de conciliation que nous n’entendrons plus.

Une rupture s’est produite.
Nous avons été ramenés à cette franchise qui ne tolère plus la complicité.

Les années dhiver

Tenir et ne pas reculer devant l’horreur.
Tenir, ne pas reculer devant la facilité,
y compris celle de la folie,
la facilité du mourir.

Tenir et ne pas se ranger derrière ceux qui propagent la maladie de la mort,
la maladie de l’attentisme, de la paralysie.

Tenir une sensibilité,
rester fidèle à son entêtement, coûte que coûte.
Tenir et rester indomptable, ingouvernable, incorrigible.

Rester irritable,
avoir, garder ses nerfs fragiles.
Et ne pas guérir de sa petite folie.

Tenir sur un fil.
Rester le funambule qui ne tombe pas,
ne tombe pas aussitôt.
Rester le vulnérable qui ne s’efface pas si tôt.

A Duras, il écrit un jour :

« Nous allons tous vers la destruction capitale :
que chacun y aille comme il peut,
avec courage, avec lâcheté,
en ouvrant, en fermant les yeux,
mais si possible dans lamitié. »

Où va la littérature ? Où va le monde ? Où va lhumain ?

Jadis, Blanchot nous apprenait que la littérature va vers son essence, qu’est la disparition.

Or, aujourd’hui, nous sommes devant la porte de la disparition,
menacés de disparaître :
les mots aussi,
les corps aussi,
les principes aussi.
Tout va à sa perte.

Et si, aujourd’hui, nous ne prenons pas conscience de ce qui se passe dans notre monde,
si nous laissons faire,
si nous laissons tout faire,

alors demain, de quoi sera fait ce monde ?

De plus en plus d’êtres traumatisés,
gouvernés par des psychotiques,
éternisant les coups, les traumatismes,
qui mutilent et limitent.

Si nous ne faisons rien, c’est notre disparition qui s’annonce :
la disparition de notre littérature,
de notre pensée,
de tout ce qui fait de nous des êtres pensants.

Tout cela sera effacé.

La vulnérabilité comme état

Et j’aimerais rester dans cet état,
nous inviter dans cet état :
extrêmement vulnérable, et l’accepter.

Tenter de voir la vulnérabilité de l’autre, de l’être, de la lettre.
Car oublier l’un, c’est tuer l’autre.

Jaime celui dont l’âme est profonde, même dans la blessure,
et qui peut périr dun rien,
car ainsi il passera volontiers le fleuve.

Nietzsche

Que le texte, la littérature, nous rappelle les mots, la langue,
l’êtres-parlants que nous sommes.
Que nous nous rappelions la force des mots,
les faire vivre hors-livre, au-delà des livres,
rappeler le sens oublié,
la vulnérabilité menacée.

Revenir à Blanchot,
quand il se passait des choses extraordinaires dans la rue,
quand la signature disparaissait.
Ce n’était pas au nom de tel ou tel que le texte trouvait son importance,
mais parce qu’il s’agissait de vie,
d’aller vers la vie,
sans nom, sans compromis.

C’est ça la valeur d’usage de cette œuvre, et de chaque œuvre :
y trouver, y lire les lignes de vie.

Parham Shahrjerdi exerce la psychanalyse et l’écriture à Paris. Membre des Forums du Champ lacanien et élu‑délégué du Pôle 14 de l’EPFCL, fondateur de l’Espace Maurice Blanchot, il explore les liens entre psychanalyse, littérature et philosophie, traduit en persan Blanchot, Duras, Bataille et Quignard, et co-anime la revue Hors-Sol avec Benoît Vincent.

Sur la parole analytique. Maurice Blanchot

Parler, peut-être ne faisons-nous jamais que ça. La chose, pourtant, n’est pas toujours si simple, ni si plaisante. Et ne porte pas toujours à conséquence.

Le contexte de publication de « La Parole analytique », en 1956, est tout sauf neutre : centenaire de Sigmund Freud, parution de la première traduction française de La Naissance de la psychanalyse, publication de l’article de Jacques Lacan « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse ».

Son auteur, Maurice Blanchot, étonne ceux qui l’approchent par son intelligence autant que par son atopie : lui qui confiait sa retenue et sa prudence à propos de l’expérience analytique, fut pourtant de ceux qui, comme Jacques Lacan, n’auront jamais cessé de revenir à ce que parler veut dire.

Le texte inspirant de « La Parole analytique » invite le psychanalyste à donner les raisons de son accord ou de son désaccord avec ce qui est dit de l’inconscient et des implications de celui-ci.

Chose entreprise à plusieurs voix dans ce volume, dont la fonction critique opère alors comme starter d’un travail renouvelé des concepts de la psychanalyse, de l’acte du psychanalyste et de sa pratique qu’il s’agit encore et toujours, et particulièrement pour notre temps, de séparer d’une simple pratique de parole.

Les auteurs
David Bernard, Michel Bousseyroux, Christine de Camy, Alexandre Faure, Claudine Hunault, Marie-José Latour, Parham Shahrjerdi, Colette Soler, Dominique Touchon-Fingermann.

ISBN 978-2-491126-44-5

Pour en savoir plus

Une brève d’Adèle Jacquet-Lagrèze à propos de : Sur la parole analytique. Maurice Blanchot

Webinaire international : Traduire Maurice Blanchot

Le webinaire international organisé par Christophe Bident et Jérémie Majorel reprend avec deux séances organisées le lundi 18 novembre et le vendredi 22 novembre 2024, chaque fois de 13 heures à 15 heures, heure française.

La séance du 22 novembre est consacrée à Traduire Maurice Blanchot. « Savons-nous tout ce que nous devons aux traducteurs et, plus encore, à la traduction ? » (Blanchot, L’Amitié). Il s’agira ici de revenir sur la propre poétique et politique des traducteurs de l’écrivain, en lien ou non avec ce qu’il a pu lui-même théoriser à ce propos ici ou là (dans « Traduire » par exemple). Nous déplacerons ainsi la focale : non plus sur Blanchot penseur de la traduction, voire traducteur amateur (de Hölderlin par exemple), mais sur Blanchot traduit en diverses langues (anglais américain, japonais, persan, portugais du Brésil…), et dans cette perspective prendre un cas, une seule phrase tirée d’une de ses œuvres qui ont pu faire l’objet d’une traduction, montrer les difficultés qu’elle pose en termes de réception, d’interprétation, mais aussi de création, d’invention d’une langue qui n’est plus celle de départ, mais pas non plus tout à fait celle d’arrivée… 

Nous pourrons écouter et discuter les quatre interventions suivantes :

« ‟Il” pour la singularité impersonnelle », par Kai Gohara ;

« Traduction terminée, traduction interminable », par Zakir Paul ;

Titre à préciser, par Victória Monteiro ;

« Traduire l’impossible », par Parham Shahrjerdi.

Lien Zoom :

https://u-picardie-fr.zoom.us/j/97155740198?pwd=RqDatTj6eWjeBcIVwRbo4fF8lTkrqE.1

Webinaire international : la valeur d’usage de Maurice Blanchot

Le webinaire international organisé par Christophe Bident et Jérémie Majorel reprend avec deux séances organisées le lundi 18 novembre et le vendredi 22 novembre, chaque fois de 13 à 15 heures, heure française.

La séance du 18 novembre est consacrée à la valeur d’usage de Maurice Blanchot. Il sera question de dire comment les textes de Blanchot peuvent être lus, relus, repris, utilisés, quitte à être mal compris, transformés, déplacés, dans d’importantes interrogations intellectuelles contemporaines. L’intitulé est doublement emprunté à Marx et à Bataille. Dans une suite de textes des années 1930, qui n’ont été publiés que de façon posthume, Bataille éclairait ce qu’il nommait « la valeur d’usage de Sade » et en quoi elle dispose à une « hétérologie ». Quelle est donc, aujourd’hui, la valeur d’usage de Blanchot ?

Nous pourrons écouter et discuter les trois interventions suivantes :

Attention vulnérable, par Parham Shahrjerdi

De l’actualité de certains débats sur le messianisme – de Blanchot à Levinas, Derrida et Pelbart, par Mayara Dionizio 

Aminadab, la terre et les profondeurs végétales : un Green Blanchot, par Philippe Lynes

Lien Zoom:

https://u-picardie-fr.zoom.us/j/99041349260?pwd=Mh2U5r0NnnX4uYlci2kd8aWHwCZIA9.1

 L’Instant de ma mort en persan

Parham Shahrjerdi vient de publier la traduction persane de L’Instant de ma mort de Maurice Blanchot, exactement trente ans après sa première parution, le 22 septembre. Cette traduction est enrichie de notes contextuelles et de réflexions profondes sur l’acte de condamner à mort, sur ce qui se joue lorsqu’on décide d’exécuter un être humain. Parham Shahrjerdi revient sur l’exécution suspendue d’un écrivain — un parmi tant d’autres — qui a été conduit au bord de la mort, qu’elle soit par un mur d’exécution ou une corde passée autour du cou. Et au dernier instant, le bourreau, le régime, la Loi choisit de retenir la mort, laissant l’homme en sursis, condamné à vivre avec l’ombre de sa mort imminente.

Cette histoire est celle de Maurice Blanchot, mais elle fait écho à celle de milliers d’Iraniens, qu’ils soient célèbres, oubliés ou anonymes, exécutés, en sursis, ou dans l’attente de leur exécution. Ce n’est pas simplement une traduction, mais une mise en perspective, une résonance entre les époques et les destins, entre la littérature et l’histoire tragique des peuples.

Dans ses écrits qui accompagnent cette traduction, Parham Shahrjerdi souligne également les événements qui ont conduit Maurice Blanchot à rompre avec les éditions Fata Morgana, refusant catégoriquement toute compromission avec l’extrême droite. À une époque où la normalisation de l’extrême droite est devenue une banalité, ces rappels s’avèrent particulièrement importants.

Parham Shahrjerdi évoque également l’hospitalité inconditionnelle de Jacques Derrida, qui a offert à ce texte de Blanchot une demeure entière, accueillant son œuvre avec une amitié fidèle et une vigilance sans faille. Cette hospitalité est bien plus qu’un simple geste d’amitié : elle incarne des valeurs d’accueil inconditionnel, des qualités dont notre époque a désespérément besoin, mais qui lui font cruellement défaut.

Pour en savoir plus et découvrir la traduction persane de L’Instant de ma mort, rendez-vous sur le site de l’éditeur Nashré Paris.

Maurice Blanchot | La parole analytique | Samedi 10 février 2024 | Rennes

Maurice Blanchot | La parole analytique | Samedi 10 février 2024 | Rennes | 9h – 18h

Argument

« Quelle vertu accordée à la relation la plus simple : un homme qui parle et un homme qui écoute[1]. »

Maurice Blanchot fait partie des (ré)ouvreurs de langue, de ceux dont la lecture creuse continuellement l’écart avec l’usage quotidien des mots.

Cette journée, consacrée à Maurice Blanchot, tient son titre d’un chapitre de L’entretien infini, intitulé La parole analytique[2]. Elle s’inscrit dans son siècle, teinté par l’incitation systématique à parler, héritier d’une croyance dans les bienfaits de la parole ; époque dans laquelle les dispositifs de parole se multiplient sans considérer cette question : qu’est-ce que la parole[3] ? Époque bavarde, « cela veut dire : nous vivons dans un monde où il y a de la parole sans un sujet qui la parle[4] ». 

Read More …

Maurice Blanchot | Colloque de Genève

parution le 15 octobre 2017

Maurice Blanchot
Colloque de Genève

Le colloque Maurice Blanchot, « La littérature encore une fois », s’est tenu à la Comédie de Genève les 17, 18, 19 et 20 mai 2017. Il a été organisé par les Éditions Furor et par l’Association des amis de Maurice Blanchot. Aux textes des interventions réunis dans ce livre s’ajoutent, en aparté, un entretien avec Benoît Jacquot et des impromptus sur son film, réalisé en 1970, intitulé « Lecture du chapitre X de Thomas l’Obscur de Maurice Blanchot ».

Read More …

Actes du colloque « Blanchot Romantique »

John McKeane and Hannes Opelz (eds)
A collection of Essays

Peter Lang

ISBN: 978-3-03911-973-8

317 pages
November 2010
 

The work of French writer and essayist Maurice Blanchot (1907–2003) is without doubt among the most challenging the twentieth century has to offer. Contemporary debate in literature, philosophy, and politics has yet to fully acknowledge its discreet but enduring impact. Arising from a conference that took place in Oxford in 2009, this book sets itself a simple, if daunting, task: that of measuring the impact and responding to the challenge of Blanchot’s work by addressing its engagement with the Romantic legacy, in particular (but not  only) that of the Jena Romantics. Drawing upon a wide range of philosophers and poets associated directly or indirectly with German Romanticism (Kant, Fichte, Goethe, Jean Paul, Novalis, the Schlegels, Hölderlin), the authors of this volume explore how Blanchot’s fictional, critical, and fragmentary texts rewrite and rethink the Romantic demand in relation to questions of criticism and reflexivity, irony and subjectivity, narrative and genre, the sublime and the neutre, the Work and the fragment, quotation and translation. Reading Blanchot with or against key twentieth-century thinkers (Benjamin, Foucault, de Man), they also examine Romantic and post-Romantic notions of history, imagination, literary theory, melancholy, affect, love, revolution, community, and other central themes that Blanchot’s writings deploy across the century from Jean-Paul Sartre to Jean-Luc Nancy. This book contains contributions in both English and French.

Read More …

Colloque « Blanchot Romantique »

BLANCHOT ROMANTIQUE

Maison française, 2-10 Norham Road, Oxford, 20-21 April 2009

PROGRAMME

With the participation of Monique Antelme, President of the Association des Amis de Maurice Blanchot

DAY ONE

Read More …

Entretien avec Didier Sicard

Didier Sicard – Photo: Parham Shahrjerdi

Grâce à la suggestion et à l’entremise de Pascal Possoz, nous avons rencontré Didier Sicard. Cet entretien a eu lieu le 15 décembre 2008 à l’Université Paris 7 – Denis Diderot. Didier Sicard évoque pour nous sa lecture de Blanchot, l’importance que cette lecture a pour lui en tant qu’homme et que médecin.

Christophe Bident, Jérémie Majorel, Parham Shahrjerdi


Didier Sicard est médecin, ancien président du Comité consultatif national d’éthique de 1999 à 2008, dont il reste président d’honneur. Il est professeur de médecine à l’université René-Descartes et a été chef de service de médecine interne à l’hôpital Cochin, à Paris. Ouvrages du professeur évoqués dans cet entretien : La Médecine sans le corps, Plon, 2002 ; « L’instrumentalisation du plaisir » in Alain Houziaux (sous la direction de), Le Corps, un plaisir ou un poids ?, Les Editions de l’Atelier / Les Editions Ouvrières, 2006 ; préface et « Prudence et précaution » in Emmanuel Hirsch (sous la direction de), Ethique, médecine et société, Vuibert, 2007 ; préface à Donatien Mallet, La Médecine entre science et existence, Vuibert, 2007.
 

Read More …