Espace Maurice Blanchot

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Derrida

La Chose de Jacques Derrida

Entre 1975 et 1977, Jacques Derrida s’engage dans un séminaire énigmatique, voire obscur au premier abord, intitulé La Chose. Ce séminaire se révèle pourtant l’un des plus fascinants de son œuvre : il se situe au carrefour de plusieurs de ses textes les plus audacieux, La DisséminationGlasLa Vérité en peinture et La Carte postale. Déjà, il mobilise la lecture des corpus philosophiques, littéraires et psychanalytiques que Derrida ne cessera d’approfondir dans les décennies suivantes.
Chaque année d’enseignement est consacrée à une analyse à la fois parallèle et alternée où le philosophe fait se croiser l’œuvre de Heidegger avec celles de Ponge (1975), de Blanchot (1976) et de Freud (1977). La Chose permet ainsi de redécouvrir ces textes en montrant toute l’attention que le philosophe accorde à cette chose non humaine – un apport philosophique essentiel pour les grandes questions d’écologie, de matérialisme et d’éthique qui sont les nôtres aujourd’hui.
Derrida avait un jour formulé le souhait de réunir ces séminaires et ses notes sur la thématique de « Donner le temps » (1977-1978). Ce vœu est maintenant exaucé en publiant dans ce volume la sixième séance inédite de Donner le temps II, où il soulignait le lien étroit reliant la chose et le don car, selon Derrida, « le don est peut-être l’affaire de la chose, la chose affaire du don ».

Édition établie par Philippe Lynes.

Deuxième séance du webinaire international Maurice Blanchot / 5 juin 2024

Cette séance sera consacrée aux travaux actuels de deux doctorants et d’un récent docteur. Chaque intervenant proposera une communication de 20 minutes, suivie d’un temps de débat.

Lien Zoom:

https://u-picardie-fr.zoom.us/j/92236169155?pwd=QWRBbVdDN0l1dld4SWVNYUdXYUJwQT09

Alex Obrigewitsch, doctorant, Université de Sussex (Royaume-Uni)

« Pas de la Lettre : Entre Autobiographie et Allothanatographie, Derrida et Blanchot »

Depuis sa première parution, Demeure de Derrida s’est imposée comme la lecture de L’Instant de ma mort de Blanchot qui fait autorité (les deux textes allant jusqu’à partager la couverture du même livre dans leur édition anglaise). Mais par quelle autorité le texte de Derrida revendique-t-il une place aussi centrale ? Par quoi s’impose-t-il et demeure-t-il ? Pas plus qu’une lettre. Cette présentation propose une contre-lecture à l’autorité de la lecture de Derrida à la lettre, en demeurant dans l’esprit errant et itinérant de la pensée de Blanchot et suivant l’exigence de l’écriture. Contestant l’attestation par Derrida du caractère autobiographique du récit de Blanchot, cette communication insiste sur le caractère nécessairement allothanatographique de L’Instant de ma mort : son écriture, comme toute écriture, reste celui d’une autre mort, de la mort d’un autre. Reprenant la lecture du texte de Blanchot derrière Derrida, cette présentation s’oriente vers la lecture du récit avant la lettre, c’est-à-dire de ce qui demeure de son écriture, attestant de l’impossibilité de dire.

Salatyiel Zue Aba’a, doctorant, Université de Picardie – Jules Verne (France)

Blanchot, Levinas, Derrida : une notion de « justice indécidable »

Pendant longtemps, Emmanuel Levinas est resté l’un des interlocuteurs privilégiés de Maurice Blanchot. Ensemble, ils ont centré leur réflexion politique sur la question du langage. Séparément, mais toujours en écho, ils ont établi des notions telles que « le neutre » et l’ « Il y a », des essais comme L’Entretien infini et Totalité et infini, avec le but de redonner un sens à un monde marqué par la terreur. À partir de 1963, les commentaires de Derrida ont donné un nouveau relief à ces rapports, en les orientant, entre autres, vers une notion de « justice indécidable ». Cette communication intervient dans le contexte d’une thèse de doctorat qui tente de penser l’exercice de la loi en lien à une pensée littéraire et philosophique et de justifier, à travers la responsabilité envers autrui, l’éthique du pouvoir qui émerge dans le langage.

Clément Willer, docteur, Université du Québec à Montréal et Université de Strasbourg

Le surgissement d’une « catastrophe » incontrôlable : une lecture des Impudents de Marguerite Duras (1943) à partir de la critique de Maurice Blanchot dans Le Journal des Débats.

La recension que livre Maurice Blanchot dans le Journal des Débats, en 1943, du premier roman de Marguerite Duras, Les Impudents, est une des premières traces de leur amitié. Les Impudents est l’histoire de Maud Taneran, jeune fille repliée dans une solitude sauvage, cherchant à échapper à un certain nombre de logiques familiales et sociales suffocantes. Sa mère la décrit comme une « catastrophe » énigmatique, incontrôlable. Revenant à la lecture de Maurice Blanchot qui en souligne la critique des aspects les plus « lugubres » de la société moderne, puisant aussi dans La Mort de la nature de l’historienne écoféministe Carolyn Merchant, il s’agira de déplier les significations anti-autoritaires et anti-patriarcales de ce premier roman. Il semble qu’on trouve en effet dans Les Impudents des prémisses de ce que Marguerite Duras nommera « refus sauvage » en 1968, expression associant une dimension que l’on peut qualifier de blanchotienne, celle du refus, et une dimension que l’on peut qualifier d’écoféministe, celle du sauvage.